vendredi, 20 mars 2015 00:00

Inclusion numérique

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La diffusion massive de l'usage des technologies de l'information et de la communication (TIC) a redéfini la réalité dans laquelle nous vivons. A l'heure où le numérique a une place centrale dans notre société, un nombre encore important de Français n'y ont pas accès et se retrouvent en situation d'exclusion. La fracture numérique représente une nouvelle inégalité entre les connectés et les exclus de la société de l'information. 1 (Voir Voir L’Étude EMMAÜS CONNECT)

L' OCDE  définit le concept de fracture numérique dans des termes de l'accès à l'ordinateur et Internet et l'habileté d'usage de ces technologies. Cependant, la propre OCDE définit à la technologie comme un processus social. Pour la compréhension de ce concept, Internet est conçu dans trois dimensions, l'une d'elles est la dimension appelée société de l'information, où le réseau croit les conditions et permet l'accès à un grand tas d'information. En général, en parlant de «fracture numérique» une dimension qui est également invoqué, est celui de l'accès à la connaissance.

Quand on parle de fracture numérique l'hypothèse implicite que après avoir eu l'accès à l'information, tout être humain l'utilise ou sait l'utiliser et se sert de cette information dans son processus de prise des décisions quotidiennes. Cependant, ce ne est pas toujours vrai. La définition de stratégies pour réduire la fracture numérique requiert une vision intégrale qui contemple tous les aspects sociaux et économiques du pays à l'intérieur du cadre de priorités. L’étude intitulée "Pour comprendre la fracture numérique"  révèle que l’écart entre les ménages est "essentiellement déterminé par les niveaux de revenu et d’instruction". Il n'est pas seul une question générationnelle, entre "analogiques" et "natifs numériques ". Elle souligne également l’importance d’un "changement de stratégie et d’une réforme de la réglementation pour remédier au problème" En commençant par disposer d'indicateurs d'e‐inclusion.  appropriés et reliant le travail sur les indicateurs numériques avec celui qui concerne les nouveaux indicateurs de richesse ou de développement humain. . 

Pour aborder le problème de la fracture numérique une stratégie globale doit contempler quatre aspects:

-Infrastructure- Les infrastructures de télécommunications, la disponibilité des ordinateurs et l’accès à Internet.

-Compétences d'utiliser cette technologie.- Les matériels et les logiciels des TIC sont dépourvus d’utilité si l’on ne possède pas la compétence nécessaire pour en exploiter les possibilités. Il faut du littératie numérique 2  , de l'éducation et l’apprentissage.

-Offre- D'information - Accessible à tous les publics (adaptés à des publics aux besoins particuliers) et manipulable (Open data).

Des coûts - Développer des "tarifs sociaux" ciblés pour l'Internet, les ordinateurs et le mobile.

-Changement culturel- Avec des mécanismes visant à promouvoir l'utilisation de l'information "formel" applicable au contexte dans la prise de décision. 

Chacun de ces aspects contemple des défis importants, mais le plus complexe est le dernier. La promotion de changement culturel est l'élément clef qui dans une synchronie avec les autres trois aspects, génère le bénéfice significatif.  Pour l'obtenir on requiert des facilitateurs qu'il intègre toutes les dimensions; son objectif est de lier l'offre de bénéfices potentiels du TIC, spécialement de l'Internet, avec les nécessités spécifiques des personnes d'un contexte social particulier.

Toutes les travaux parviennent à une conclusion identique : la généralisation du numérique sur le lieu de travail, au sein des foyers, comme dans les échanges quotidiens avec les services publics et les entreprises, appelle l’intervention volontaire de l’Etat pour structurer un véritable réseau d’espaces dédiés à l’accompagnement aux usages et à l’appropriation des services numériques par la population. Une telle construction doit s’appuyer en premier lieu sur les animateurs et médiateurs, et sur l’ensemble des acteurs - collectivités territoriales, entreprises, animateurs - médiateurs et associations - déjà impliqués dans des initiatives de médiation par le numérique-, tels que l'initiative de Emmaüs Connect. 

Cette année 2015 est une année essentielle aux plans international, européen et national. En décembre se tiendra un rendez-vous important à l’ONU sur la gouvernance de l’internet, pour célébrer les dix ans du Sommet mondial sur la société de l’information. À Bruxelles seront certainement adoptés plusieurs textes très attendus, concernant notamment les données personnelles, la neutralité des réseaux, la cybersécurité, l’itinérance mobile. C’est en mai 2015 que la Commission européenne dévoilera son plan d’action pour le numérique. En mars se publiera la stratégie de notre pays, sous trois formes : un projet de loi numérique, un plan de mesures concrètes à caractère national, et un plan stratégique à déployer au niveau européen avec nos partenaires

Le projet de loi numérique est une occasion pour faire de l’accès un droit effectif. Ce concept d’« universalité de l’Internet » , pourrait servir à mettre en relief, de façon globale, les conditions continues pour progresser vers la société du savoir. Ce concept inclut l’accès universel à l’Internet, aux téléphones mobiles et aux TIC, mais va également au-delà. Le terme d’« universalité » se réfère à quatre normes fondamentales qui ont été incorporées dans l’évolution générale de l’Internet jusqu’à présent, et qui permettent de comprendre de façon globale comment différents aspects constituent un ensemble plus vaste. Afin que l’Internet réalise son plein potentiel, il doit atteindre une « universalité » à part entière, basée sur la force et l’interdépendance des normes suivantes : (i) l’Internet est fondé sur les droits humains (est la signification fondamentale de l’« Internet libre »), (ii) il est « ouvert », (iii) il est « accessible à tous » et (iv) il est alimenté par la participation de multiples acteurs. (Voir conférence Unesco: InterCONNECTer les ensembles

Il faudra à chaque étape être extrêmement vigilants en matière d’accessibilité de tous les publics aux services numérisés. Le vivre-ensemble est un aspect extrêmement important du problème auquel il nous faut réfléchir en termes de méthode. La fracture numérique, ne se limite pas simplement à l’accès au réseau et aux moyens de communication. Les personnes exclues du numérique peuvent subir des préjudices sur leur activité professionnelle, leur insertion dans la société (lien social), l’exercice de leur citoyenneté, l’accès à la culture aux loisirs ou encore l’accès aux soins. 

Un accès abordable aux TIC continuera de transformer la vie des gens, car cela permet aux gens de se  responsabiliser. Les tics sont également liés à de nouveaux métiers dans des domaines tels que l'e-learning, le télétravail, le commerce électronique. Ces nouveaux modèles économiques, offrent une alternative pour les personnes dans la précarité, qui jusqu'à maintenant  a seulement des offres d'emplois précaires. Il faut aussi le développement des infrastructures dans les territoires s’accompagne d’une meilleure diffusion des usages – télémédecine, e-éducation, Big Data, administration en ligne, notamment et en développant la médiation. 

La culture digitale est absolument insuffisamment partagée et comprise par ceux qui ont la responsabilité des administrations. Il est nécessaire d’accomplir une révolution interne en matière de management du changement sur les questions numériques au sein de l’État des organisations et au-delà. Il est donc nécessaire d’engager un changement de nature culturelle : il faut plus de vitesse et des méthodes davantage collaboratives et participatives. 

Pour cela, la littératie peut aider à:

• Constituer des référentiels communs de littératie numérique, en construisant un bouquet de compétences évolutives, pour une véritable culture numérique.

• Reconnaître le métier de médiateur numérique, essentiel pour la diffusion des usages et l’inclusion de tous.

• Former au numérique les publics exclus (précaires, migrants, sans‐papiers, détenus, etc.)

• Former les enseignants, les formateurs professionnels et les travailleurs sociaux.

Les travailleurs sociaux, sont confrontés à des situations liées à leur fonction d'accompagnement, et qui doivent posséder de solides compétences en littératie. Certaines personnes n'ont jamais vu un ordinateur, d'autres n'ont juste pas le langage informatique; par exemple la recherche d'emploi, constituer un CV, et toutes les démarches administratives par la dématérialisation , etc . C'est un frein à leur réinsertion et crée plus de dépendance en mettant à une mise en question la devise de : "Faire pour" en face de "faire avec" de la action social.

Si l’on parle de développement économique, on ne peut pas évoquer le numérique sans avoir totalement à l’esprit son objet social, qui se développe au service de tous. La fracture numérique est toujours là, des menaces importantes et des risques y compris sur le genre, restent. Ils doivent être abordées pro-activement, main dans la main avec des barrières non technologiques liées, afin de parvenir à une société inclusive, un société de l'information centrée sur les personnes. Vivre-ensemble, passe forcément par une plus grande e-inclusion .

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1 La fracture numérique, c'est le fossé qui existe entre les 78 % d'équipés et connectés et le reste de la population qui est dans l'incapacité d'exploiter les potentialités. Près d’une personne sur dix (11 %) n’a pas de téléphone mobile. Crédoc, 2014. L’équipement et les usages des TIC dans la société française

La littératie numérique  est l'aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacité

 

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